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L’AJCF en Israël pour fêter ses 70 ans

Du 22 octobre au 30 octobre 2018

Nous voici une cinquantaine de l‘AJCF, de 14 à presque 80 ans, à l’aéroport de Lod - Tel- Aviv, venant de tous les coins de France, et même du Brésil, primo-visiteurs ou multirécidivistes, pour vivre ensemble et partir à la découverte d’Israël.
Jacqueline CUCHE, et son mari Xavier, vont veiller sur chacun dans leurs besoins, leurs questions et leurs difficultés. Le frère Louis-Marie COUDRAY, notre guide magistral, va nous faire vivre toutes les étapes du développement de cette terre : par les pieds ! En grimpant, marchant, regardant, écoutant… oui, la sève de ce peuple est montée en nous. À chaque étape, ce millefeuille de l’histoire s’est ouvert à nous, nous découvrant un peuple en marche vers la lumière, témoin de cette vérité qui se révèle, pas à pas, au long des siècles.

 Le désert

Oui, bien sûr, c’est par le désert du Néguev que nous commençons, comme les Hébreux qui ont passé 40 ans dans le désert du Sinaï !
Massada , et cette question qui se pose à l’humanité, celle de la défense de la liberté pour tout homme : aller jusqu’au suicide ? Cela est contesté ! Aujourd’hui les officiers de Tsahal prêtent serment au Kotel et non plus à Massada.
Qumran , dont les découvertes confirment l’ancienneté des écrits bibliques et aussi, dans la règle de la communauté, la difficulté de faire place à l’autre qui choisit une autre route : est-il un ennemi à abattre ? Ou bien est-il un homme avec qui entrer en dialogue ?
Mireille HADAS-LEBEL, qui nous accompagne avec son mari Raphaël, nous contera le soir : « Hérode le Grand », roi si féroce, assoiffé de pouvoir, qui rebâtira le Temple dans toute sa splendeur.
Le lendemain soir elle nous fera vivre l’histoire de l’hébreu, « cette langue morte ressuscitée au 20ème siècle ».

 Route vers la Galilée

À l’aplomb de Jéricho, nous faisons halte au lieu où Jean baptisait. Là, Josué a fait entrer les enfants d’Israël dans la Terre Promise : un passage constamment renouvelé dans nos vies, une « conversion » de notre regard vers cette terre de sainteté. Bien sûr nous évoquons Jésus, et pour Jean le Baptiste cette révélation que « Jésus est le bien-aimé du Père ». Quelques-uns parmi nous ont voulu eux aussi entrer dans cette eau où pénétra Jésus et à sa suite tant de chrétiens à travers les siècles.
La route de la vallée du Jourdain, désertique il y a 40 ans, est transformée aujourd’hui sur ses deux versants, grâce aux accords de paix avec la Jordanie, en palmeraies luxuriantes et serres abritant des cultures vivrières.
La question de l’eau est brûlante, cet « or blanc » si nécessaire à la vie. Depuis de nombreuses années, une commission bipartite, jordanienne et israélienne, répartit, selon les besoins, l’eau pompée du lac. Aujourd’hui 80% de l’eau consommée en Israël vient des usines de dessalement d’eau de mer, 10% de la réutilisation, 10% de l’eau pompée dans le lac, qui baisse chaque année faute de pluie !

 Le Kineret

Autour du Lac de Tibériade, cette mer de Galilée dont parlent les évangélistes, nous découvrons deux communautés catholiques nouvelles :
À Magdala, les Légionnaires du Christ, en creusant pour bâtir, ont mis à jour une belle synagogue et tout un village de pêcheurs avec des magasins et des espaces de salaison, très importants au temps de Jésus. Lors de la révolte des zélotes juifs, en 70, la bataille fut rude et les Romains firent disparaître la ville.
Sur une colline au dessus du lac, la communauté du Néo-catéchuménat a bâti un vaste centre international de formation et d’accueil (la « Domus Galilaeae ») avec un séminaire pour la formation de 40 jeunes futurs prêtres.
Ces communautés nouvelles vont-elles puiser à la source vive qui coule du peuple juif depuis des siècles et renouveler ainsi leur pensée théologique ?
Bien sûr, après une halte à Capharnaum, où nous admirons les beaux vestiges de l’antique synagogue et ce qui fut sans doute la Maison de Pierre, nous nous arrêtons pour prier et méditer les enseignements de Jésus au Mont des Béatitudes avec le « sermon sur la montagne », à Tabgha et la multiplication des pains, à la « Primauté de Pierre » et ce pardon de Jésus à celui qui l’a renié et à qui par trois fois il confie l’Église. La sainteté c’est la rencontre de ta faiblesse avec la force de la grâce, nous dit à ce jour le pape François. (Gaudate et Laetare n° 33-34)

 Safed

Cette ville sacrée du judaïsme, accrochée aux flancs d’une colline de haute Galilée (838m), est la ville refuge au temps de l’Inquisition, la ville des Kabbalistes, des vieilles synagogues, de la perduration de la Tradition du judaïsme, Tradition vivante aujourd’hui, avec les « Bar-mitsvah », qui nous empêchent d’entrer dans ces lieux de prière, car on est jeudi, jour de la pose des téphilines… Mais aussi ville de contraste, aux multiples magasins fort prisés par les touristes !

 Nazareth

Si la basilique et surtout le passage devant la grotte où Joseph et Marie auraient vécu avec Jésus nous émeut, la rencontre avec le Père Emile SHOUFANI, nous tient en haleine. Ce curé melchite (gréco-catholique) de Nazareth, qui pendant 25 ans fit se rencontrer des lycéens juifs et arabes jusqu’à les emmener à Auschwitz, reste aujourd’hui, malgré son âge et l’opposition virulente de son ancien patriarche (qui réussit à lui enlever la direction d’un lycée qui fut un des tout meilleurs d’Israël), un ardent défenseur du dialogue. Après nous avoir parlé de la situation actuelle il nous livre son espérance : ce qu’il a semé chez ces jeunes va germer, et ils vont reprendre le flambeau.

 Ofra

La route vers Jérusalem passe par la Judée Samarie. Nous laissons Naplouse (Sichem) à l’ouest, pour nous arrêter à Ofra, petite ville de 3.500 habitants, d’où l’on voit Shilo, Béthel… lieux mémoire dans la Bible ! À Ofra, 750 familles se sont installées depuis 1967, venant de tous les coins du monde.
David PASDER nous accueille d’abord à Armona, cette implantation juive démantelée à grand bruit il y a quelques temps. Puis, dans la synagogue, il s’étend longuement sur le rôle de ces juifs religieux et nationalistes qui font revivre le pays, leur terre « à eux », et non une terre à partager ! Un discours radical, bien différent de ceux que nous entendrons par la suite, mais qu’il nous faut savoir écouter car il fait lui aussi partie d’Israël.

 Jérusalem

Louis-Marie nous présente la ville sainte et ses sept collines, en la regardant attentivement d’en haut, par l’Est d’où nous arrivons, puis par le Nord au mont Scopus ; plus tard ce sera par le sud et enfin en y entrant, au cœur de la vielle ville, sur les toits…. Nous arpentons la cité de David en descendant par les tunnels jusqu’à la piscine de Siloé, nous en remontrons pour passer au Kotel et pénétrer le long des fondations du Temple, avec cette émotion vive devant ces juifs qui y prient avec ferveur.
Les quartiers arménien, juif, chrétien et musulman de la vielle ville nous disent là encore l’histoire récente des siècles qui nous précèdent.
La foule si dense au « Saint Sépulcre », l’Anastasis selon l’Église orthodoxe, nous fait penser à la foule des pèlerins au temps de Jésus pour les fêtes de pèlerinage. Pas étonnant que Joseph et Marie y aient perdus leur fils une semaine de Pessah !
La Jérusalem « ouest », pas si nouvelle que cela, explose de toutes parts en constructions neuves et transports multiples : le moulin de Montéfiore, première construction « hors les murs », fut édifié en 1857 pour donner de la farine aux habitants juifs de Jérusalem, avec ses quelques maisons autour. Depuis le quartier est devenu un très beau coin pour les artistes.
Nous logeons en centre ville, ce qui nous permet de rentrer à pied, le vendredi soir, de chez les hôtes juifs qui nous ont invités pour l’entrée en Shabbat, invitation longuement et soigneusement préparée par Mireille, qui avait sollicité ses amis francophones de Jérusalem : 3 ou 4 invités par famille ; émotion d’entendre les chants de shabbat et, chez les plus religieux, les commentaires de la parasha du jour ; échanges pleins d’amitié et de bonté dans chacune des familles, qui nous émerveillent. Une expérience inoubliable pour tous les membres de notre groupe.
À l’Ecole Biblique et Archéologique de Jérusalem, où est célébrée pour les catholiques du groupe la messe du dimanche, nous rencontrons le frère Olivier, un jeune dominicain qui fait une thèse sur le chapitre 23 de Jérémie, à l’université hébraïque de Jérusalem. Avec des membres de l’Emmanuel, des Béatitudes et de la Kehila et la participation d’un intervenant juif, il a créé une nouvelle association destinée à faire connaître aux catholiques – et plus généralement aux chrétiens qui le souhaitent - Nostra Aetate §.4 et à les faire entrer dans le dialogue avec leurs frères aînés. Ce programme reçoit le soutien du nouveau directeur de l’École Biblique et dorénavant de la majorité des frères du couvent, dont plusieurs sont nouvellement arrivés à Jérusalem. L’heureuse évolution de ce haut lieu de recherche scientifique et théologique nous réjouit, et l’échange nourrit notre espérance.

 La Cour suprême et le musée d’Israël

Louis-Marie nous fait visiter ce lieu où sont jugés toutes sortes de conflits entre Israéliens juifs ou arabes, et aussi entre juifs et palestiniens. Israël : un État de droit, où la justice demeure jusqu’ici indépendante et fait, à juste titre, de cette Cour suprême l’honneur d’Israël.

 Le musée d’Israël

La maquette de la ville du temps de Jésus nous fait mieux comprendre les récits des évangiles.
Le musée du Livre est un superbe écrin qui nous fait passer de l’obscurité vers la lumière en passant par LE livre.
Chacun choisit alors son itinéraire pour le reste de la visite : une exposition sur la mode nous plonge dans un peuple vivant dont les femmes cherchent à plaire…. Le secteur « Judaïsme » fait revivre la vie juive au jour le jour de même que le secteur des Communautés qui replonge le visiteur dans la dispersion des juifs à travers le monde.

 Yad vashem

Nous ne pouvions quitter Jérusalem sans nous arrêter dans ce lieu de mémoire. Le rabbin Alain MICHEL nous a ouvert le secret de la Vallée des communautés qui se déploie selon la carte de l’Europe et rend hommage à tous ces lieux de vie juive – villes ou villages - disparus dans la tourmente.
Nous poursuivons chacun selon notre rythme : le mémorial des enfants, le musée de la Shoa…. Malheureusement le temps manque pour écouter toutes les vidéos avec les témoignages de survivants. Il nous faudra y retourner.

Chaque soir nous recevons plusieurs personnes très engagées en Israël, qui nous ouvrent différents aspects de la vie actuelle des Israéliens, quelle que soit leur croyance – ou non croyance.
Marie-Armelle BEAULIEU, rédactrice en chef du magazine « Terre Sainte », nous parle des différentes communautés chrétiennes du pays, de leur vie et de leurs difficultés.
Shulamit, de l’association Women wage peace (jeune association apolitique regroupant des femmes israéliennes juives et arabes), dans un discours enthousiaste et ardent, nous entraîne à tracer quelques mots ou quelques dessins sur des carrés de tissu qui, mis bout à bout, feront un tapis tendu sur la route de Ramallah à Jérusalem ! Il en faudrait un million, mais Shulamit sait nous communiquer son espérance en la Paix et celle de ses compagnes qui espèrent arriver à pousser les politiciens à mener de véritables négociations de Paix.
Yuval RAHAMIM, Directeur du Forum des ONG israéliennes et israélo-palestiniennes pour la paix, essaie de mettre en relation les unes avec les autres et de diffuser un esprit de dialogue et d’écoute mutuelle. Il y aurait quelques 120 ONG israélo-palestinienne pour la paix. Certaines très petites font un travail proche des populations, pas à pas, mais avec détermination.
Il est aussi un des fondateurs d’une admirable association dont il fut longtemps le président, le Forum des Familles endeuillées : ayant perdu son père à la guerre des six jours, il témoigne dans les écoles, avec un ami palestinien, endeuillé lui aussi, de leur amitié et de leur espérance de paix.
Que d’hommes et de femmes engagés, dans ce pays, pour faire advenir la paix !

 Abou Gosh

Nous nous devions d’aller dans le monastère bénédictin de Louis-Marie, à 60 stades de Jérusalem, (15km à l’ouest), un des « Emmaüs » de l’évangile, et haut lieu de dialogue et d’accueil de l’autre dans le respect total de son altérité. Le frère Olivier, plus particulièrement chargé de l’accueil des nombreux groupes (chrétiens, mais également juifs) qui visitent ce lieu - et sa splendide église romane -, nous a parlé de la naissance du monastère et de son histoire….. mais sa parole était souvent stoppée par le bruit du Muezzin, puis des hélicoptères de Tsahal ou de la police « explorant le coin » : une réalité du pays ! Pour des moines et moniales voués à la prière et au travail, ce n’est peut-être pas toujours facile à vivre !

 Tel Aviv

Au terme de notre voyage, Tel Aviv, cette ville, fondée en 1909 sur une dune de sable à l’extrémité nord de la ville juive de Jaffa, se découvre en plein essor, le poumon économique et intellectuel du pays. Nos pas nous mènent à l’université, immense campus, encore en chantier, que nous fait découvrir Madame RAKOVER. Dès 1930, des écoles supérieures d’économie voient le jour, puis les universités se multiplient. L’architecture des bâtiments nous fait vivre la vitalité des pionniers et des chercheurs jusqu’à ce jour. Chaque époque a un style, un signe de la vie plus forte que toute adversité.
La petite marche à pied dans Neve Tsedek, vieille ville de la Jaffa juive toute rénovée, puis sur le « chemin de l’indépendance » qui conduit au boulevard Rotchild - où fut signée la Déclaration d’Indépendance de l’État d’Israël le 14 mai 1948 par Ben Gourion -, avec, au bout, tout un quartier de tours immenses …. Le tournant vers le 21ème siècle ébauché.

Beau point d’orgue pour notre voyage qui nous a conduit à vibrer au long de 40 siècles d’histoire.
Les amitiés nouées entre nous, si différents mais rassemblés autour d’Israël, témoignent de ce que cette Vie ensemble est possible et pleine d’espérance.
Un immense merci à Louis-Marie, Jacqueline pour la lourde charge qu’ils ont assumés et à Mireille et Raphaël pour tous ces beaux temps de partage.

Yvonne SCHNEIDER-MAUNOURY